Une déclaration d’amour à la médiation

Une déclaration d’amour à la médiation

2 août 2020 0 Par Katharina Stütze

Cher•e•s ami•e•s de la médiation, cher•e•s enseignant•e•s, cher•e•s moniteurs•trices d’enfants.

Ceci est une déclaration d’amour à la médiation, ainsi qu’un appel à vous tous, ou plutôt une prière de ne plus laisser les enfants faire des expériences frustrantes et décourageantes face aux expositions d’art…

Parfois, il me semble très difficile d’expliquer le travail de la médiation aux personnes qui me regardent avec des grands points d’interrogation dans les yeux. Qu’est-ce que la médiation? La médiation consiste à créer un lien entre le visiteur et l’oeuvre. Mais ce n’est pas que ça. La médiation fait aussi le lien entre l’oeuvre et notre société. Mais ce n’est pas que ça. La médiation est aussi un outil pour libérer la parole de ceux qui ne se sentent pas légitime de s’exprimer librement dans un espace dédié à l’art. Mais ce n’est pas que ça. La médiation est aussi une occasion de rencontres, de création de liens sociaux entre personnes ne se connaissant pas et qui ne se seraient jamais croisées. La médiation est un moyen de partir d’une oeuvre et d’arriver chez nous, dans notre vie, dans ce qui nous lie ou sépare, le médecin et le joueur de foot, le contrôleur et le juriste, le professeur et l’ouvrier de bâtiment.

Parfois, je suis frappée par des situations qui me montrent à quel point ce travail de médiation est essentiel à notre société. Ma dernière visite au centre Pompidou à Metz illustre une de ces situations et a motivé cet article.

Actuellement le centre Pompidou de Metz abrite 4 expositions différentes. Je suis entrée, avant un groupe d’enfants d’environ 8 à 11 ans que j’ai croisé à plusieurs reprises pendant ma visite. Ce centre investit beaucoup pour l’accompagnement des visiteurs au sein de leurs expositions. Non seulement il y a des offres de médiation spécialisées pour les groupes de différents publics, mais aussi des médiateurs.trices  présents.es dans chaque salle d’exposition prêts.es  pour répondre aux questions du public et pour discuter des oeuvres. Au delà de ça, il y a une salle pour les ateliers de médiation pour les enfants. Malgré toutes ces possibilités pour rendre accessibles les expositions aux enfants et pour créer un moment positif et mémorable pour eux,  j’ai observé, dans ce cas précis, que les monitrices ont décidé de diriger leur groupe d’enfants sans bénéficier d’échanges avec les médiateurs.trices. En rangées de deux, ils ont traversé le centre Pompidou sans s’arrêter, sans se parler, sans aucune explication et sans rebondissement aux exclamations, éclats de rire ou commentaires des enfants face aux objets d’art. En une heure, ils ont fait, au pas de course, le tour des 4 expositions différentes, sans opportunité de se questionner devant les oeuvres. Le seul échange avec un adulte a été un rappel à l’ordre autoritaire quand un des enfants a touché à une sculpture de la taille d’une salle entière (et c’était en effet la sculpture d’une salle entière, car l’artiste avait pris une empreinte exacte, grandeur nature, en béton, de la totalité de cette salle, avant la destruction de l’immeuble qui l’abritait ). La seule expérience que ces enfants ont donc vécue pendante cette excursion au musée, était celle de la frustration et le sentiment de se sentir éloigné, étrange, à tous ce qui se trouve dans ce lieu d’art. Je peux vous dire que mon coeur de médiatrice saignait face à ce groupe d’enfants qui n’aura probablement plus jamais envie de mettre un pied dans un musée…

Je prie donc tous ceux qui viennent au musée avec des enfants de les laisser découvrir librement l’espace, non en rangées de deux ; de les laisser s’arrêter devant une oeuvre ; de les laisser rire ; de leur laisser le temps de s’étonner. Oui, l’art est bizarre, amusant, parfois ridicule.  Ne visitez pas quatre expositions en une heure – limitez vous à une exposition, une demi, ou juste quelques œuvres mais parlez en. Libérez la parole. Riez ensemble. Réfléchissez ensemble ou trouvez ensemble les mots pour exprimer et argumenter les différents avis. Questionnez vous ensemble  « En quoi ça me concerne? ». Vous allez être étonnés de la créativité de ces petits êtres qui n’ont jamais étudié l’art, ni connu la biographie de l’artiste. Profitez-en ensemble !